Date : 30 avril – 1er mai 2025 | Lieu : De Paris à Aso, Kyushu, Japon
01. Le Grand Détour : Une téléportation de 24 heures
Notre voyage commence le 30 avril 2025. C’est le début de la Golden Week, cette semaine où s’enchaînent les jours fériés et qui permet au Japon tout entier de s’arrêter pour respirer.
Nous volons avec ANA (All Nippon Airways), une compagnie japonaise réputée pour son service impeccable. Après un saut de puce d’une heure vers Francfort, nous embarquons pour le long courrier. « Long » est un euphémisme. Depuis le début du conflit en Ukraine, la carte du ciel a changé. L’espace aérien russe étant fermé à la plupart des compagnies (et évité par les compagnies japonaises par sécurité), la route directe de 10 000 km est devenue un souvenir.
Nous empruntons ce qu’on pourrait appeler « la route du détour » : environ 12 000 km, soit 12 à 13 heures de vol pur, longeant souvent le sud ou passant par le pôle. Au total, c’est une épopée de près de 16 heures de vol et 24 heures de porte-à-porte. Nous arrivons à Tokyo-Haneda au petit matin japonais, alors que nos horloges biologiques indiquent encore le milieu de la nuit parisienne.
02. Escale à Haneda : Le paradoxe du silence
L’arrivée à Tokyo est surprenante. On s’attend au chaos de la plus grande mégalopole du monde (37 millions d’habitants), surtout en pleine Golden Week. Pourtant, dès la sortie de l’avion — après une course effrénée à Francfort pour attraper la correspondance — nous sommes cueillis par le silence.
Le saviez-vous ? La Golden Week (fin avril – début mai) regroupe quatre jours fériés nationaux en une semaine. C’est le moment où les Tokyoïtes fuient la capitale pour la campagne ou l’étranger. Résultat : Tokyo semble étrangement calme, presque sous naphtaline.
Nous avons une longue escale avant notre vol pour le sud. Plutôt que d’attendre au terminal, nous partons à l’aventure vers un Onsen (bain thermal) situé près de l’aéroport. L’atmosphère est feutrée. Dans le bus, personne ne parle. Les rues sont rectilignes, propres, ordonnées. Nous passons devant un canal où se déroulent des courses de bateaux à moteur (Kyōtei), un sport de pari très populaire.
L’expérience du Onsen est notre véritable premier contact avec le Japon :
- Le dépouillement : Il faut se déshabiller entièrement. C’est la règle. Une petite « serviette de pudeur » est notre seul accessoire.
- Le rituel : On se lave assis sur de petits tabourets avant d’entrer dans les bains. L’hygiène est ici sacrée.
- L’immersion : L’eau est chaude, peut-être thermale (le terme Onsen est légalement protégé et nécessite une eau de source riche en minéraux d’au moins 25°C).
Après le stress du voyage et un moment de panique (un téléphone oublié dans le onsen, miraculeusement mis de côté — l’honnêteté japonaise n’est pas un mythe), nous ressortons lavés, détendus, prêts pour la suite.
03. Survol de l’Archipel : De la Mégalopole au Volcan
De retour à Haneda, l’aéroport ressemble à un centre commercial de luxe. Les enseignes de Tokyo brillent, tout est soigné. Je craque pour des brioches en forme de panda et des œufs au sésame, aussi beaux que bons. Le souci du détail esthétique est partout.

Nous changeons de monture pour Japan Airlines (JAL). Direction : Kumamoto, sur l’île de Kyushu, à 1000 km au sud-ouest. Ce vol intérieur offre une leçon de géographie en temps réel :
- L’urbanisation infinie : Nous survolons la ceinture Tokyo-Nagoya-Osaka. Vu du ciel, c’est un maillage de béton dense, presque suffocant, qui abrite la moitié de la population japonaise.
- La nature abrupte : Brutalement, la ville cesse et laisse place aux montagnes. Au Japon, l’homme s’installe là où il peut, laissant 70% du territoire à la forêt et aux reliefs.
L’approche sur l’aéroport de Kumamoto est spectaculaire. Nous découvrons la Caldeira du Mont Aso. C’est l’une des plus grandes au monde (environ 25 km de diamètre). Vu d’en haut, on dirait une forteresse naturelle, un immense cercle de falaises vertes qui ceinture des villages et le volcan actif fumant au centre.
04. La Route vers la Nuit : Kumamoto et la « Green Van »
Kumamoto nous accueille sous un ciel gris. C’est une ville chargée d’histoire (célèbre pour son château et malheureusement les séismes de 2016), mais nous ne faisons que passer.

La récupération de la voiture de location est une expérience en soi :
- Le véhicule : Une petite fourgonnette vert pomme, cubique, avec des portes coulissantes électriques. Typique des Kei cars japonaises, optimisées pour l’espace.
- La conduite : Volant à droite, conduite à gauche. Mais ce qui surprend, c’est la lenteur. Les limitations sont basses (souvent 40 ou 50 km/h) et, contrairement aux clichés, les locaux semblent s’y tenir (ou presque).
Je roule à 40 km/h, fatigué mais vigilant, m’enfonçant dans la campagne alors que la nuit tombe. Nous arrivons à Aso, au pied du volcan, dans un Minshuku (auberge traditionnelle chez l’habitant).
05. Le Sanctuaire du Soir : Tatamis et Family Mart
Notre hébergement est une maison traditionnelle en bois, aux murs fins, où règne un silence absolu. Nous découvrons notre chambre : sol en tatami, futons à déplier. Le contraste technologique est saisissant : la maison est ancienne, mais les toilettes sont des bijoux de futurisme (chauffantes, lavantes), nécessitant d’ailleurs des chaussons spécifiques pour y entrer, différents des chaussons pour la maison.

Le dîner improvisé Il est tard, nous sommes au fond de la campagne japonaise pendant un jour férié : tous les restaurants sont fermés. Notre « repas traditionnel » de rêve tombe à l’eau. La solution ? Le Konbini (supérette ouverte 24/24). Nous finissons au Family Mart du coin. Et c’est là, la magie du Japon : même un repas de dépannage est une expérience.
- Brownie au Matcha (un délice vert et dense).
- Plats de Udon réchauffés.
- Une profusion de packagings soignés.
Le rituel du bain privé Le Minshuku ne dispose pas de salle de bain dans la chambre, mais de cinq petites maisons de bain extérieures, alimentées par les sources chaudes volcaniques de la région. Le système est ingénieux et poétique : à l’entrée, on déplace une petite plaque de bois pour signaler que le bain est occupé. À l’intérieur, deux espaces :
- Le sas sec : Pour se déshabiller, avec tout le nécessaire (coton-tiges, sèche-cheveux).
- La salle humide : Un espace entièrement carrelé dédié à l’eau. On se lave assis sur un petit banc, on s’asperge, avant de se plonger dans le bassin d’eau thermale brûlante.
C’est dans cette eau volcanique, au milieu du silence de la nuit japonaise, que nous réalisons enfin : nous sommes arrivés. Les 24 heures de voyage, la fatigue, le stress de la douane… tout se dissout.
Nous nous endormons sur les tatamis. Demain, nous serons le 2 mai, et le vrai voyage commence.
📌 Carnet Pratique
- Vols : Prévoir environ 15-16h de vol pur depuis l’Europe avec le contournement de la Russie.
- Conduite : Permis international obligatoire (ou traduction officielle pour les Français/Belges/Suisses selon les accords). Attention, la traduction doit souvent être faite en amont.
- Golden Week : Période très chargée pour les transports, mais les villes comme Tokyo peuvent être agréablement calmes. Réservez vos hébergements mois à l’avance.
- Savoir-vivre : Dans les Onsen, le lavage minutieux avant le bain est impératif. Les tatouages peuvent parfois être interdits (vérifier les règles de l’établissement).
🚙 Conduire au Japon, le choc culturel
Conduire au Japon est le meilleur moyen d’explorer les zones rurales comme Kyushu, mais cela demande une petite préparation mentale et administrative.
- Le sésame administratif : Contrairement à de nombreux pays, le Permis International classique ne suffit pas pour les ressortissants français, belges ou suisses. Il faut impérativement une traduction officielle du permis (délivrée par la JAF – Japan Automobile Federation). Une démarche à anticiper plusieurs semaines avant le départ !
- À gauche, toute ! Le volant est à droite, on roule à gauche. Les clignotants sont souvent inversés avec les essuie-glaces (fou rire garanti au premier virage quand il fait grand soleil).
- L’éloge de la lenteur : Oubliez vos réflexes européens. Ici, la limitation est souvent de 40 à 50 km/h sur les routes nationales et 30 km/h en ville. Les Japonais respectent scrupuleusement ces limites (ou presque). La conduite est fluide, sans agressivité, et les distances de sécurité sont immenses.
- La « Kei Car » : Ces petites voitures cubiques (plaques jaunes) sont partout. Fiscalement avantageuses et limitées en puissance, elles sont parfaites pour les routes étroites de montagne, bien que leur accélération soit modeste.
- L’astuce GPS : Si vous ne lisez pas le japonais, utilisez les MapCodes ou les numéros de téléphone des lieux (restaurants, hôtels) pour programmer le GPS de la voiture. C’est d’une précision redoutable.
♨️ L’Art du Onsen, mode d’emploi
Le Onsen (source thermale chaude) est plus qu’un bain, c’est une institution quasi-religieuse de purification et de détente sociale. Pour ne pas commettre d’impair, voici les règles d’or :
- La nudité est obligatoire : Pas de maillot de bain. On laisse sa pudeur au vestiaire. C’est un retour à l’état de nature où tous les statuts sociaux s’effacent.
- Le lavage d’abord : C’est la règle la plus importante. On ne rentre jamais dans le bain sans s’être lavé et rincé méticuleusement au préalable, assis sur les petits tabourets prévus à cet effet. L’eau du bain doit rester immaculée.
- La petite serviette : On vous fournit une petite serviette blanche. Elle sert à vous cacher (un peu) lors des déplacements, ou à vous frotter. Attention : elle ne doit jamais toucher l’eau du bain. Les Japonais la posent souvent en équilibre sur leur tête ou sur le bord du bassin.
- Le silence (ou presque) : Bien que ce soit un lieu social, le calme règne. On parle à voix basse pour respecter la quiétude de l’instant.
- Le tabou des tatouages : Historiquement associés aux Yakuza (mafia), les tatouages sont souvent interdits dans les bains publics (vérifiez le panneau à l’entrée). Heureusement, dans les bains privés (kashikiri) comme ceux de notre auberge, aucun problème !