Madagascar n’avait jamais figuré dans mes rêves de voyage. Non que je n’en voulais pas : je l’ignorais. Vue de France, elle n’est qu’une ancienne colonie, quelque part au large du Mozambique, voisine de la Réunion. En réalité, l’île est plus vaste que la France et infiniment plus pauvre. En 2023, elle occupait la troisième place mondiale des pays les plus démunis. Une dégringolade enclenchée depuis l’indépendance, transformant Madagascar en contre-exemple cruel : famine, corruption, choléra, paludisme, dengue, insécurité… Un État fragile d’un côté, et de l’autre, une présence française persistante, à la fois compassionnelle et prédatrice.
Notre précédent voyage, au Cap-Vert, avait montré l’inverse : un archipel sec et pauvre en ressources, mais sauvé par l’éducation et une répartition équitable. À Madagascar, malgré l’abondance de richesses naturelles, l’absence d’un État solide enfonce le pays dans le sous-développement.
Venir à « Mada » en 2024, c’est accepter de regarder la beauté et de détourner les yeux de la souffrance. Mais pourra-t-on vraiment feindre l’aveuglement ?
Car Madagascar est aussi un joyau vivant, l’un des quinze « hotspots » mondiaux de biodiversité. Ses lémuriens, uniques au monde, ses forêts primaires, ses îles de rêve comme Nosy Be ou Sainte-Marie, ses parcs naturels aux paysages extravagants… Même dans l’art et la musique, l’île pulse d’une énergie inépuisable.
Après deux heures de vol, Madagascar s’étend enfin sous nos yeux. Vue du ciel : une terre sauvage, veines d’eau immenses, forêts luxuriantes… et cette couleur sidérante qui donne son surnom à l’île : un rouge incandescent, presque irréel. » trouve un titre
