Home » ÉTAPE 3 — LA PAZ

BOLIVIE • 3–4 NOV. 2025 • ⛅️ 18°C

Arrivée à 6h10 du matin, ce lundi 3 novembre, dans la capitale administrative la plus haute du monde. Une ville posée en équilibre instable au-dessus du vide, écartelée entre 3 200 et 4 150 mètres d’altitude. Ici, deux mondes se superposent : en haut, sur l’Altiplano, la géante El Alto, terre aymara bouillonnante ; en bas, dans la cuvette, La Paz, cité coloniale et moderne. Un monde qui respire autrement, où l’oxygène se mérite.

La Paz, amphithéâtre inversé

À peine descendus du bus, le choc est physique. La Paz défie l’urbanisme classique.

C’est une ville « entonnoir ». Contrairement à l’Europe, ici, la précarité grimpe vers les sommets tandis que la richesse descend vers l’oxygène, dans les quartiers sud (Zona Sur). Les maisons de briques rouges, souvent inachevées pour éviter l’impôt, s’agrippent aux parois du canyon comme du lichen. On a l’impression qu’un séisme a figé la ville en pleine chute.

L’air est sec, coupant.

Notre corps doit réapprendre à fonctionner. Les Aymaras, maîtres de ces hauteurs depuis des millénaires, possèdent une physiologie que la science nous envie :

  • Un cœur plus volumineux,
  • Une capacité pulmonaire accrue,
  • Et 15 à 35 % de globules rouges en plus. Leur sang est plus épais, transportant l’oxygène avec l’efficacité d’un marathonien de haut niveau. Nous, nous sommes juste des touristes à bout de souffle.

Une capitale née de l’or et de l’argent

En 1548, les Espagnols fondent la ville non pas pour la vue, mais pour la logistique. Baptisée Nuestra Señora de La Paz pour célébrer la fin d’une guerre civile entre conquistadors, elle s’installe dans la vallée de Chuquiago Marka (en aymara « la ferme d’or »).

C’était le point de contrôle vital sur la route de l’argent, reliant les mines impériales de Potosí au port de Lima.

Aujourd’hui, le duo La Paz – El Alto rassemble 2,3 millions d’habitants. El Alto, portée par l’exode rural et les anciens mineurs, est devenue le moteur démographique du pays, jeune, rebelle et indomptable.

La ville aux 11 lignes de ciel

Pour dompter ce relief impossible, La Paz a inventé le « métro du ciel ». Avec ses 11 lignes de téléphérique (Mi Teleférico), la ville possède le réseau le plus haut et le plus long au monde.

Ce n’est pas qu’un transport, c’est un lien social qui survole les barrières de classes, permettant de traverser la mégalopole sans toucher terre.

En bas, les Cholitas (femmes en tenues traditionnelles et chapeaux melon) côtoient les hommes d’affaires.

Dans la rue, les changeurs de monnaie murmurent les taux du « marché bleu », rappelant que l’économie ici est aussi informelle que vitale.


🏔️ JOUR 6 — 4 NOVEMBRE

Matin : Entretien à 12 000 km

Ce matin, le défi n’est pas l’altitude, mais la connexion. Diane doit passer un entretien en anglais, à distance. Un exercice périlleux à 3 600 mètres, où le wifi est parfois aussi rare que l’oxygène. Grâce au propriétaire de l’hôtel, on déniche un bureau calme pour 8h30. Pendant qu’elle joue son avenir professionnel sur Zoom, je gère la logistique du voyageur : lessive, et un massage salvateur pour détendre les muscles contractés par le froid. 11h30. Elle ressort avec un sourire franc : mission accomplie 🎯.

Déjeuner : L’échec du « Popular »

On file chez Popular Cocina Boliviana, la nouvelle star de la gastronomie locale qui revisite les plats de rue. Erreur de débutant : à 11h55, il y a déjà 91 personnes sur liste d’attente. On se rabat sur le Café del Mundo, un classique des routards. Simple, sain, et à des prix qui défient notre logique européenne (4,50 € le bowl). On y croise deux Français en tour du monde, un peu usés par un mois au Pérou. Ils nous donnent des tuyaux précieux pour la suite. L’information circule mieux entre voyageurs qu’avec n’importe quel guide papier.

Après-midi : La Vallée des Âmes (Valle de las Ánimas)

On laisse la célèbre (et trop touristique) Vallée de la Lune pour sa grande sœur sauvage : la Vallée des Âmes. Accompagnés d’Aylin, notre guide aymara, on découvre un paysage de science-fiction. Des centaines d’aiguilles d’argile et de sédiments s’élancent vers le ciel, sculptées par l’érosion millénaire des glaciers fondus. On dit « des Âmes » car, au vent, ces formations semblent gémir, comme des esprits pétrifiés.

L’ascension nous mène à 4 200 mètres.

Bizarrement, l’acclimatation commence à payer : le corps suit. Aylin nous ouvre les portes de sa culture :

  • L’importance de la Pachamama (la Terre-Mère),
  • Les variétés de pommes de terre qui ne poussent qu’ici (chuño),
  • La langue aymara, gutturale et chantante.

Le soleil se couche, inondant les aiguilles d’or, sous le regard bienveillant de l’Illimani (6 438 m), la montagne tutélaire de La Paz. Un moment de grâce absolue.

Retour de nuit et « Junk Food » culturelle

Retour à la réalité urbaine. Il est 20h, on est dans la zone Sud. Sur conseil d’Aylin, on teste une institution : Pollo Copacabana. C’est du fast-food, oui, mais c’est une fierté nationale. Ici, même le Colonel Sanders (KFC) a fait faillite et a dû quitter le pays, incapable de concurrencer ce poulet frit local. Ça dépanne, c’est gras, c’est local.

Message de dernière minute sur WhatsApp : 👉 « Départ du bus avancé à 5h30. Blocages à El Alto. » Bienvenue en Bolivie, le pays où la grève est un sport national et le blocage routier un mode d’expression politique.

On termine la journée suspendus dans une cabine de téléphérique. Sous nos pieds, La Paz scintille. La ville ressemble à un ciel inversé, les lumières des favelas se confondant avec les étoiles de l’Altiplano.

Demain : le lac Titicaca.

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