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Jour 2 : Le Souffle du Volcan et la Vallée des Onsens

Date : 2 mai 2025 | Lieu : Du Mont Aso à Kurokawa Onsen

01. Matin de Golf et Paradoxe culinaire

Cette première vraie journée japonaise s’ouvre comme la veille s’est achevée : dans l’eau chaude. Tandis que Diane prolonge sa nuit, je m’offre un réveil musculaire dans notre onsen privé.

Nous prenons notre premier petit-déjeuner face à un terrain de golf, situé juste en face de notre hébergement. La scène est surréaliste : en arrière-plan, le panache de fumée du volcan Aso ; au premier plan, des golfeurs japonais équipés comme des professionnels, silencieux et précis. Dans l’assiette :

  • L’inattendu familier : Un croissant et une brioche, pour l’influence occidentale.
  • L’exotisme sain : Une soupe claire, des carottes râpées, de petites tomates, du riz.
  • La touche verte : Mon premier Matcha de la journée, amer et onctueux.

On se sent saisis par une étrange douceur. Tout est propre, aseptisé, organisé, presque hospitalier, mais entouré d’une nature qui, nous allons le découvrir, est tout sauf docile.

02. L’Ascension vers l’Enfer Bleu

Nous quittons notre minshuku (où nous n’avons croisé aucune âme vive ce matin — l’efficacité fantôme japonaise) pour grimper vers le cratère. La route est une métamorphose. Nous quittons des paysages pastoraux d’un vert éclatant, qu’on jurerait suisses, pour entrer brutalement dans le monde minéral.

Lors d’un premier arrêt aux pieds du volcan on est entourés de chevaux en liberté et j’observe les Japonais. Ils photographient la montagne avec délectation.

C’est peut-être cela, le Mono no aware (l’empathie envers les choses) : cette sensibilité aigue à l’éphémère, à la beauté mélancolique d’une nature qui peut disparaître ou détruire à tout instant. Ici, on vénère le paysage

Arrivés au sommet, l’air change. Ça pique la gorge. Ce que je prenais pour des nuages sont en réalité des effluves de dioxyde de soufre.

Le Mont Aso n’est pas une montagne, c’est une divinité colérique. Le site est hyper-surveillé par un système de gyrophares colorés, rappelant que nous marchons sur une cocotte-minute :

  • Bleu : Tout va bien (ou presque).
  • Vert/Jaune : Attention, danger.
  • Rouge : Évacuation immédiate.

Aujourd’hui, le feu est bleu. Je suis asthmatique, je sens l’irritation, l’air a un goût métallique, mais l’appel du cratère est plus fort. Au sommet, le spectacle est hypnotique : un lac d’acide d’un bleu laiteux, surnaturel, bouillonne au fond du trou béant.

Tout autour, des bunkers en béton armé parsèment le chemin de randonnée : des refuges de survie en cas d’éruption soudaine. Ce mélange de tourisme de masse (c’est la Golden Week, il y a du monde) et de danger de mort imminent est vertigineux.

03. Anthropologie du Supermarché

La randonnée nous a ouvert l’appétit, mais la Golden Week a fermé les portes des restaurants : tout est complet. Heureusement il nous reste une gourmandise fourrée à l’azuki et en forme de panda !

Nous nous rabattons sur un supermarché local. C’est souvent là que l’on comprend le mieux un pays. Deux chocs culturels immédiats :

  1. Le luxe du végétal : Les fruits et légumes sont vendus à des prix exorbitants, souvent à l’unité, emballés comme des bijoux. L’agriculture est rare et difficile sur cet archipel volcanique montagneux.
  2. L’accessibilité du bœuf : À l’inverse, la viande locale est abondante. Nous achetons de quoi faire un barbecue ce soir, notamment le célèbre Akaushi (bœuf rouge d’Aso).

Zoom sur : Le Bœuf Akaushi d’Aso Contrairement au célèbre bœuf de Kobe (Wagyu noir), très gras et persillé, le bœuf d’Aso (Wagyu brun) est une viande plus maigre. Ces vaches paissent librement dans la caldeira verdoyante du volcan. C’est une fierté régionale, réputée pour son goût intense et sa texture tendre mais moins « beurrée » que ses cousins plus célèbres.

04. Kurokawa : Le Village des Sources

Nous reprenons la route vers le nord pour atteindre Kurokawa Onsen. C’est un village de carte postale, caché dans une vallée, entièrement dédié au culte de l’eau thermale. Nous logeons un peu à l’écart, dans un cottage en pleine forêt. Ici, le luxe, c’est le silence, seulement troublé par le vent dans les feuilles et le bruit de l’eau.

Nous descendons explorer le village. L’ambiance est feutrée, presque mystique. Les gens déambulent en Yukata (kimono léger d’été) et claquettes en bois. Partout, nous voyons des visiteurs avec un disque de bois autour du cou. C’est le Nyuto Tegata.

Le Pass « Nyuto Tegata » Kurokawa a inventé un système génial pour démocratiser les bains de luxe. Pour environ 1300 yens (8€), on achète ce « passeport » en bois de cèdre qui permet d’accéder à trois bains différents parmi les 20 auberges (Ryokans) du village. C’est ce qu’on appelle le « Onsen Hopping ». Une fois terminé, on dépose son disque de bois au sanctuaire local en guise d’offrande ou de souvenir.

Nous remarquons aussi des rangées de petits papiers blancs noués sur des fils dans les sanctuaires : ce sont les Omikuji. Si la prédiction tirée au sort est mauvaise, on la noue sur place pour laisser la malchance au temple. Si elle est bonne, on la garde précieusement.

05. Soirée Barbecue sous les étoiles

La journée s’achève par une expérience culinaire… contrastée. Sur la terrasse de notre cottage, nous lançons notre barbecue improvisé. Au menu : bœuf Akaushi, champignons locaux, tofu, et une sorte de chou étrange. Je ne suis pas un grand chef, et la maîtrise du feu me fait défaut. La cuisson est approximative, mais qu’importe. Avec une bière locale et une boisson au thé sans sucre (une révélation de ces distributeurs automatiques omniprésents qui vendent même du café chaud en canette !), le moment est parfait.

Nous sommes le 2 mai. Nous avons respiré le souffle de la terre, marché sur un volcan et nous nous apprêtons à dormir au milieu d’une forêt d’arbres centenaires. Le Japon commence à infuser en nous.


📌 Carnet Pratique : Jour 2

  • Mont Aso : Vérifiez toujours le niveau d’alerte des gaz avant de monter (site web officiel ou panneaux à l’entrée). En cas d’asthme ou de problèmes cardiaques, abstenez-vous si le voyant n’est pas au bleu absolu.
  • Budget Nourriture : Si vous louez une maison, attention au prix des fruits au supermarché (une pomme peut coûter 2 ou 3 euros). Privilégiez les produits transformés ou locaux comme le tofu et les champignons.
  • Conduite : La route entre Aso et Kurokawa (la « Yamanami Highway ») est l’une des plus belles du Japon. Prévoyez du temps pour les arrêts photos.
  • Distributeurs (Jidōhanbaiki) : Repérez les étiquettes rouges (boissons chaudes) et bleues (boissons froides). C’est le meilleur ami du voyageur pour le café du matin ou le thé vert désaltérant sans sucre.

♨️ Le « Nyuto Tegata », clé des champs thermaux

À Kurokawa Onsen, vous verrez de nombreux visiteurs déambuler en yukata (kimono d’été) avec un disque de bois autour du cou. C’est le Nyuto Tegata (littéralement « laisser-passer pour le bain »).

  • Le Concept : Dans les années 80, Kurokawa se mourait. Les propriétaires d’auberges ont eu une idée de génie : unir leurs forces plutôt que de se concurrencer. Leur slogan ? « Kurokawa Ichiryu » (Le village entier est une seule auberge). Les rues sont les couloirs, et les auberges sont les chambres.
  • L’Objet : Ce pass est fabriqué en bois de cèdre local (Cèdre d’Oguni). Il coûte environ 1 500 yens (environ 9€).
  • L’Usage : Il vous donne accès à 3 bains extérieurs (Rotemburo) de votre choix parmi la vingtaine d’établissements participants. C’est ce qu’on appelle le Onsen Hopping.
  • Le Rituel de fin : Une fois les trois bains utilisés, on ne jette pas le disque. Soit on le garde en souvenir (il sent bon le bois !), soit on va l’accrocher au sanctuaire Jizo du village, créant ainsi ces murs de bois impressionnants que vous avez observés, en guise de remerciement aux esprits des sources.

⛩️ Pourquoi noue-t-on les papiers au temple ?

Vous avez remarqué ces milliers de petites bandelettes de papier blanc nouées sur des fils ou des branches d’arbres près des sanctuaires ? Ce sont des Omikuji (loterie sacrée).

  • Le Tirage : Contre une petite pièce, on secoue une boîte en bois pour en faire sortir un bâtonnet numéroté, qui correspond à un papier prédisant votre avenir. Cela va de la « Grande Bénédiction » (Daikichi) à la « Grande Malédiction » (Daikyo).
  • Le Nœud : C’est ici que la règle est subtile.
    • Si la prédiction est bonne, on garde le papier dans son portefeuille pour que la chance nous accompagne.
    • Si la prédiction est mauvaise (ou mitigée), on la plie en une fine bandelette et on la noue sur les supports prévus dans l’enceinte du sanctuaire.
  • La Symbolique : En nouant le papier, on demande aux Kami (les dieux/esprits du lieu) de « retenir » la mauvaise fortune chez eux. Le vent finira par emporter le mauvais sort. C’est un moyen psychologique très puissant de laisser ses soucis derrière soi et de repartir l’esprit léger.

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