Date : Mardi 13 mai 2025 | Lieu : Kyoto
01. La Traversée Urbaine : De Osaka à Kyoto
8h50. Arrivée en gare de Kyoto. Le trajet depuis Osaka est court (environ 30 minutes en train rapide). Les deux villes, bien que distinctes historiquement, forment une continuité urbaine dense, le Keihanshin (avec Kobe), une mégalopole de près de 20 millions d’habitants.

- Le saviez-vous ? Kyoto signifie « Capitale Impériale » et Tokyo « Capitale de l’Est ». Les noms se ressemblent car elles ont toutes deux porté le titre de centre du pouvoir. Nous déposons nos bagages à l’hôtel vers 9h00. Dans la rue, les petits camions de livraison Yamato Transport (Kuroneko) avec leur logo de chat noir portant un chaton sont omniprésents. Symbole de la logistique japonaise : mignonne (Kawaii) et redoutablement efficace.

02. Nijo-jo : L’Ombre du Shogun
Notre première étape est le Château de Nijo (Nijo-jo). C’est ici, en 1603, que Tokugawa Ieyasu a établi la puissance de son Shogunat, inaugurant l’époque d’Edo (paix et fermeture du Japon). Pour les fans de la série Shogun, c’est un pèlerinage historique : c’est le lieu du pouvoir militaire réel, face à un Empereur symbolique resté dans son palais. Faute de temps, nous nous contentons des jardins. La porte Karamon, avec ses dorures et ses sculptures de grues et de pins, est éblouissante sous le soleil de mai. Le jardin Ninomaru, chef-d’œuvre de l’architecture paysagère, nous offre une première bouffée de l’esthétique zen, même si nous restons en surface. Kyoto, avec ses 1 600 temples, donne le vertige. Nous n’en verrons que l’écume.

03. La Quête de l’Or Vert : Le Bol et la Poudre
Kyoto est la capitale du Matcha (thé vert en poudre), cultivé dans la région voisine d’Uji. En Europe, le Matcha est devenu une mode (latte, gâteaux). Ici, c’est un art. Je suis en mission : trouver mon Chawan (bol de cérémonie). Je déniche une petite boutique tenue par un couple âgé près du Palais Impérial. Loin des souvenirs touristiques standardisés, ils me présentent des pièces uniques.

Je choisis un bol en émail noir aux reflets verts, sobre (Wabi-sabi), léger, parfaitement équilibré pour fouetter la poudre.
- Le Rituel du Matcha : Une poudre de qualité (verte vive, jamais kaki), de l’eau à 70-80°C (jamais bouillante), et un fouet en bambou (Chasen) pour obtenir cette mousse jade onctueuse.
Ensuite, direction Ippodo Tea Co., une institution fondée en 1717. L’atmosphère est feutrée, le personnel en blouse blanche s’affaire comme dans une pharmacie de luxe. Les jarres de thé sombre trônent derrière le comptoir. Je repars avec deux précieux paquets : du Horai (Matcha) et du Gyokuro (thé d’ombre d’exception).

04. Déjeuner Zen et Végétal
Midi. Réservation chez Vegan Ramen UZU Kyoto. Classé Bib Gourmand Michelin, ce n’est pas un restaurant, c’est une expérience. Nous mangeons dans la pénombre, face à des projections d’art numérique (teamLab). Le silence est quasi religieux.

Dans le bol : un ramen végétarien d’une complexité folle. Bouillon d’algues Kombu et Shiitake, nouilles parfaites. C’est l’essence de l’Umami sans aucune protéine animale. Une méditation culinaire qui tranche avec la simplicité de nos repas de randonnée.
05. Flânerie et Tortues de Pierre
L’après-midi, nous tentons le Palais Impérial de Kyoto (Kyoto Gosho). Déception : l’accès est restreint, les immenses murs d’enceinte cachent les trésors. L’Empereur ne reçoit pas aujourd’hui. Nous renonçons au Chemin de la Philosophie (Tetsugaku-no-michi) par manque de temps et de force. À la place, nous traversons la rivière Kamo-gawa d’une manière originale : en sautant sur des pierres de gué en forme de tortues (Kame-ishi). Un moment de régression joyeuse au milieu de la ville sérieuse. Nous flânons dans les rues commerçantes comme Kawaramachi, où l’élégance à la française (boulangeries, mode) est très prisée.

06. Gion : La Rencontre Improbable
18h30. Le crépuscule tombe sur Gion, le quartier des Geishas. Nous savons que voir une Geiko (Geisha confirmée) ou une Maiko (apprentie) est rare et souvent réservé à une élite fortunée dans les maisons de thé (Ochaya). Le « paparazzade » de geishas est d’ailleurs mal vu. Mais ce soir, la chance nous sourit. C’est jour de fête (probablement lié aux pré-festivités du Aoi Matsuri du 15 mai ou un événement local à Gion). Au détour d’une ruelle, nous tombons sur une célébration en plein air. Des Maikos, visages poudrés de blanc et kimonos somptueux, sont là, accessibles.

Nous buvons une bière, participons à une loterie, échangeons quelques sourires. C’est un moment suspendu, loin des clichés fermés, une fenêtre ouverte sur ce monde secret.

07. La Chasse au Dîner et le Baseball
20h15. L’euphorie retombe, la faim arrive. Erreur stratégique : nous sommes à Kyoto, ville touristique, un soir de semaine, sans réservation. Tout est complet. Les files d’attente s’étirent devant chaque restaurant. Nous marchons, affamés, jusqu’au sanctuaire Yasaka-jinja illuminé, mais l’estomac gronde plus fort que la ferveur spirituelle.

Le salut viendra d’une galerie marchande couverte (Teramachi ou Shinkyogoku). Nous trouvons un petit restaurant de fondue (Shabu-shabu ou Sukiyaki) vide. À la télé, un match de baseball (le sport roi) passionne le patron. Nous dînons simplement, accompagnés d’une boisson au Matcha (mais pas de bière au Matcha, ma quête inachevée).

Kyoto nous laisse un goût d’inachevé. C’est une ville-monde qui demande du temps, de la patience, et que nous avons traversée comme des étoiles filantes. Mais la magie a opéré, par touches : un bol noir, un ramen noir, et le sourire blanc d’une Maiko dans la nuit.
Demain, changement de vitesse. Nous laissons la tradition pour la technologie : le Shinkansen nous attend pour filer vers Tokyo.
🍵 Matcha, l’Or Vert de Kyoto
Le Matcha n’est pas une simple poudre. C’est une feuille de thé vert (Tencha) qui a été :
- Ombragée 3 semaines avant la récolte (pour booster la chlorophylle et l’umami).
- Vaporisée et séchée.
- Meulée lentement à la pierre de granit (40g par heure !) pour obtenir une poudre impalpable. C’est ce processus qui explique son prix et sa saveur unique, végétale et sans amertume pour les grands crus.
👘 Geishas et Tourisme
Le quartier de Gion souffre du surtourisme.
- La règle d’or : Si vous croisez une Geisha ou une Maiko dans la rue, ne la bloquez pas, ne la touchez pas, ne lui mettez pas votre téléphone sous le nez. Elle est en chemin pour aller travailler. Respectez sa marche.
- La nuance : Ce sont des artistes, pas des courtisanes. Leur art est la conversation, la danse, la musique (Shamisen) et les jeux traditionnels.
