Quitter la maison à 6h15, c’est souvent s’offrir un tête-à-tête peu engageant avec l’autoroute vers Beauvais. On se souvient de trajets sombres, hachés par la vitesse des autres et l’obscurité d’une route peu éclairée. Mais ce matin, le voyage a décidé d’être clément. Pas de cohue de Saint-Valentin, une route fluide et, enfin, le jour qui se lève sur le chemin de l’aéroport.
À bord du vol Ryanair FR 1247, le hasard du placement nous sépare — Diane au siège 29, moi au 12 — mais nous offre à tous deux un hublot. Diane savoure son espace pour les jambes, on pique-nique un bon sandwich maison, et nous touchons le tarmac sévillan avec avance. 11h50 : l’aventure commence.
L’escale authentique à Estepa
Direction le comptoir OK Mobility. Pour avaler les 1600 km prévus, on troque la citadine contre une BMW 118D blanche. Un surclassement payant (105 €), mais salvateur pour le confort.
Après une heure de route, nous faisons halte à Estepa. C’est ici que l’on prend de plein fouet l’âme de l’Espagne. On entre dans un bar au décor brut, très masculin, bruyant, presque intimidant. Et pourtant, le sourire de la dame qui nous accueille balaie tout.
La minute culturelle : Estepa est la cité du Mantecado. Ce biscuit sablé typique, indispensable aux fêtes espagnoles, est fait à base de manteca de cerdo (graisse de porc). C’est gras, c’est sucré, c’est l’Andalousie pure.
Grenade : Entre repos et effervescence
15h30. Arrivée à notre pied-à-terre : l’Apartamento Moril, rue Ahuma. Un 44 m² spacieux avec une cour intérieure, à deux pas du centre. Une heure de sieste s’impose pour digérer le réveil aux aurores.
À 17h, Grenade nous appelle. En quelques minutes, on quitte le quartier populaire pour plonger dans l’histoire. On passe devant le Corral del Carbón (1336), un ancien entrepôt de l’époque nasride, aujourd’hui transformé en boutique mais dont l’architecture reste d’une beauté saisissante.
Le Mirador de San Nicolas : Un air de Montmartre
On grimpe vers l’Albaicín. L’ambiance rappelle Montmartre : des ruelles qui montent, une foule cosmopolite et l’anglais qui résonne partout. Arrivés au Mirador de San Nicolas, le spectacle est là, malgré les nuages qui cachent les sommets de la Sierra Nevada.
L’Alhambra se dresse face à nous. Pas de couleurs orangées flamboyantes aujourd’hui, mais un contraste sombre et dramatique qui donne au palais une aura mystérieuse. On joue des coudes pour le selfie parfait, mais la vue reste, sans conteste, l’une des plus belles du monde.
Gastronomie et ferveur religieuse
Pour le dîner, direction Casa Gabriel, une adresse que l’on recommande chaudement pour sa cuisine a las brasas (à la braise).
- Au menu : Burgers fumés, patatas bravas et une bouteille de Lindajara, un vin rouge typique de Grenade. À Grenade, chaque boisson s’accompagne d’une tapa offerte, une tradition qui rend chaque halte conviviale.
En redescendant par la Carrera del Darro, nous entrons dans l’église San Pedro y San Pablo. Nous sommes le 7 mars, en plein Carême. L’église scintille de bougies. Dehors, une procession de jeunes rappelle la ferveur qui habite la ville. On y observe des éléments baroques et un « char romain » impressionnant illustrant les instants précédant la Passion.
Une fin de journée en douceur
Avant de rentrer, escale à La Casita del Pan pour récupérer notre dessert :
- La Tarta de la Virgen de las Angustias : une sorte de cheesecake traditionnel très sucré.
- Un pain perdu à la pistache.
20h50. Le rideau tombe. La fatigue l’emporte, mais l’esprit reste en éveil. Pendant que la ville s’anime, je m’endors en pensant déjà aux Nasrides et à l’exploration de demain.
Prochaine étape : Dimanche 8 mars, au cœur des palais de Grenade.
