Elle a fait de son souffle son instrument de prédilection. Née à Tokyo, Nami Miyata est harmoniciste, pianiste et compositrice. Installée à Paris depuis plus de vingt ans, elle a tissé un lien unique entre l’archipel nippon et l’Hexagone, enseignant à l’École de musique franco-allemande et multipliant les projets artistiques. De la précision du Hanami à la découverte des paysages impressionnistes français, elle nous livre sa vision poétique d’un Japon qui vit au rythme des saisons.
Un destin scellé par la musique
L’histoire de Nami Miyata avec la France commence par une quête d’apprentissage, marquée par le destin. Arrivée en 2003 pour étudier auprès d’un grand maître de l’harmonica, elle voit son projet bouleversé par la disparition soudaine de ce dernier l’année suivante. Pourtant, Nami décide de rester. « J’ai rencontré mon mari français, je me suis mariée et voilà », confie-t-elle avec simplicité.
L’harmonica, né en Europe vers 1827, est devenu pour elle un pont culturel. « Les Japonais l’ont modifié pour jouer la musique locale », explique-t-elle, rappelant que cet instrument fut obligatoire dans les écoles japonaises jusqu’en 1999.
Le temps suspendu : Golden Week et culte des saisons
Alors que la France multiplie les vacances scolaires, le Japon vit un rapport au temps libre bien différent. La fameuse Golden Week, cette succession de jours fériés fin avril-début mai, est vitale. « C’est le seul moment où l’on peut vraiment voyager ou rentrer dans sa région natale pour se réunir en famille », souligne Nami.
Mais plus que le calendrier, c’est la nature qui dicte le rythme. La musicienne décrit avec ferveur le Hanami, la contemplation des cerisiers.
« On distingue des stades précis : 30 % fleuris, 50 %… Il existe beaucoup de mots pour décrire la nature. On suit la vie de la fleur : bourgeons qui grossissent, apogée, fanaison ; cela symbolise l’espoir puis la fin. »
Cette précision se retrouve dans les Haïkus, où l’on observe « la terre sèche ou humide » et les moindres variations de température.
La spiritualité du quotidien : Des Kami au grain de riz
Pour Nami, la spiritualité japonaise s’ancre dans les gestes de tous les jours, nourrie par le shintoïsme et l’animisme. Elle cite Princesse Mononoké pour illustrer cette volonté de « sauver la nature ». Cela passe par le respect des ancêtres, le fait d’aérer la maison pour chasser les mauvais esprits, ou encore de « respecter chaque grain de riz ».
Cette conscience de l’environnement est aussi façonnée par la géographie. Entre l’humidité de l’air et la menace sismique constante — « nous nous entraînons dès l’école », rappelle-t-elle — le Japonais apprend à vivre avec l’éphémère.
Le choc des paysages : Verticalité vs Horizontalité
Lorsqu’on lui demande sa première impression de la France, la réponse de Nami est visuelle, presque picturale. Habituée aux montagnes japonaises omniprésentes, elle a été frappée par la « grande horizontalité » française. « Ici j’ai découvert les champs et les horizons », dit-elle, évoquant le colza jaune et les ciels bleus qui rappellent les toiles impressionnistes.
C’est d’ailleurs ce qu’elle conseille aux touristes japonais visitant les Hauts-de-France : profiter de cet air pur et de ces « plages infinies vers Calais » qui contrastent tant avec le relief escarpé de l’archipel.
Tokyo, l’art du mélange
Enfin, Nami Miyata porte un regard tendre sur sa ville natale, Tokyo, qu’elle définit par son absence de barrières entre les époques. « Un temple ancien à côté de hauts immeubles, un centre commercial où kimonos et jeans coexistent ; les Japonais adorent mélanger, cela ne nous gêne pas », conclut-elle. Une philosophie du métissage qui ressemble, finalement, à sa propre musique.
