Date : Jeudi 15 mai 2025 | Lieu : Tokyo (Minato, Ginza, Roppongi, Shibuya)
01. Improvisation et Lit Tiroir
8h30. Réveil dans notre Airbnb de Yanaka. Changement de plan : nous devions aller au Fuji-Q Highland, mais la météo ou la fatigue en ont décidé autrement. Ce sera une journée 100% Tokyo, optimisée grâce au Tokyo Pass (une aubaine pour enchaîner les visites). Notre appartement illustre le « mal » de l’optimisation japonaise : tout est tellement compact et escamotable (lits tiroirs, placards remplis) que la vie quotidienne devient un Tetris. Mais ça fonctionne.
02. La Tour Eiffel Rouge et le Temple
8h45. Nous arrivons au pied de la Tokyo Tower. Inspirée de la Tour Eiffel (mais 13 mètres plus haute, 333m), elle est peinte en orange international et blanc pour la sécurité aérienne. C’est l’icône nostalgique de la ville, supplantée en hauteur par la Tokyo Skytree, mais jamais en affection. 9h00. Ouverture. Nous sommes les premiers. La vue depuis la plateforme principale (150m) est superbe. Les robots Pepper nous accueillent, rappelant que nous sommes au pays de la robotique. Au pied de la tour, le contraste tokyoïte par excellence : le temple Zojo-ji. Ce temple bouddhiste est le mausolée de la famille des Shoguns Tokugawa. Voir la pagode traditionnelle se détacher sur le fond rouge métallique de la tour est l’une des images les plus fortes de la ville. Dans le parc Shiba, nous croisons une immense cloche de bronze (Daibonsho). Elle servait autrefois à rythmer la vie d’Edo. Aujourd’hui, elle est un spot photo incontournable.
03. Jardins de Gratte-ciel et Horloge Ghibli
10h00. Promenade au Kyu-Shiba-Rikyu Gardens. C’est un jardin de seigneur féodal (Daimyo) survivant au milieu des buildings de Hamamatsucho. Ensuite, direction le quartier de Shiodome. Sur la façade de la tour Nippon TV, nous découvrons l’Horloge Ghibli (Ni-Tele O-Tokei). Conçue par Hayao Miyazaki lui-même, c’est une merveille steampunk de cuivre et d’acier, avec des automates (forgerons, créatures) qui s’animent à heures fixes. Un morceau du « Château Ambulant » en plein Tokyo. Nous enchaînons avec les jardins Hama-Rikyu, plus vastes, célèbres pour leur maison de thé sur l’étang d’eau de mer (qui monte et descend avec la marée !).
04. Ginza : Le Luxe et le Ramen Froid
Midi. Nous arrivons à Ginza, le quartier du luxe. Déjeuner express comme les salarymen locaux : un Ramen froid (Hiyashi Chuka). C’est frais, rapide, bon marché. On mange au coude-à-coude, on slurpe, on repart. Passage obligé chez Uniqlo Ginza (le flagship mondial de 12 étages). Diane est conquise. La mode japonaise (« LifeWear ») est à l’image du magasin : sobre, fonctionnelle, avec des coupes amples et des couleurs naturelles. Au dernier étage, le café offre du Matcha de qualité. Avec le yen faible, c’est le moment de refaire sa garde-robe. Nous passons devant le Ginza Place (façade blanche ajourée) et la célèbre horloge Seiko du bâtiment Wako. Pour le dessert, un arrêt à la boulangerie Ginza Kimuraya (la plus vieille du Japon, inventrice de l’Anpan, petit pain fourré à la pâte de haricot rouge). « Boulangerie » écrit en français sur la devanture, gage de qualité ici.
05. Poissons d’Or et Araignée Géante
Visite de l’Art Aquarium Museum (dans le grand magasin Ginza Mitsukoshi). C’est un musée dédié au Kingyo (poisson rouge). L’expérience est déroutante : des milliers de poissons nagent dans des bassins aux formes artistiques, éclairés par des LED multicolores. C’est visuellement époustouflant, très « instagrammable », mais la frontière entre art et bien-être animal est ténue. Les références à l’époque d’Edo sont nombreuses (estampes, motifs de carpes), mais le vivant est ici un pur objet de décoration.
Nous changeons de quartier pour Roppongi Hills. Au pied de la tour Mori, nous saluons Maman, l’araignée géante en bronze de l’artiste franco-américaine Louise Bourgeois. Elle porte des œufs en marbre sous son abdomen, symbole d’une maternité protectrice et puissante.
06. Mori Art Museum : L’Amour des Machines
Nous grimpons au 53ème étage pour le Mori Art Museum. L’exposition « Machine Love: Video Game, AI and Contemporary Art » (Février-Juin 2025) est la claque culturelle de la journée. Elle explore comment l’IA et les jeux vidéo redéfinissent l’art et l’émotion.
- Les artistes : Une nouvelle génération venue d’Asie (Corée, Chine, Japon) qui a digéré le numérique.
- Le propos : Ce n’est plus « l’homme contre la machine », mais une hybridation. Les œuvres mêlent avatars virtuels, paysages générés par algorithmes et réflexions sur l’âme numérique. C’est beau, troublant, et parfaitement en phase avec Tokyo. La vue depuis les baies vitrées du musée (« Tokyo City View ») est l’une des plus belles, surtout au crépuscule.
07. Shibuya : Le Carrefour du Monde
17h45. Nous finissons la journée au cœur du réacteur : Shibuya Crossing. Le « Scramble Crossing » est le passage piéton le plus fréquenté au monde (jusqu’à 3 000 personnes par feu vert). C’est une marée humaine synchronisée sous les écrans géants. Nous nous mêlons à la foule, non pour aller quelque part, mais pour être là. Nous saluons la statue de Hachiko.
L’histoire de Hachiko : Ce chien Akita a attendu son maître (décédé au travail) à la gare tous les soirs pendant près de 10 ans, jusqu’à sa propre mort en 1935. C’est l’incarnation de la loyauté (Chugi) japonaise.
Dernier stop chez Don Quijote (le fameux « Donki »). C’est le temple du chaos organisé : on y trouve des chaussettes à orteils, des KitKat au wasabi, des cosmétiques de luxe et des sex-toys, le tout empilé jusqu’au plafond sur une musique entêtante. C’est fatigant, mais c’est le meilleur endroit pour les souvenirs décalés et pas chers.
Retour à Yanaka, les jambes lourdes mais la tête pleine de néons. Demain, place au sport national : le Sumo nous attend.
🗼 La Tokyo Tower
Construite en 1958, elle symbolisait la renaissance du Japon après-guerre.
- Le matériau : Un tiers de l’acier utilisé provient de la ferraille des chars américains de la guerre de Corée endommagés. Une belle reconversion pacifique.
- La couleur : Pourquoi orange ? Pour respecter la loi aéronautique internationale. Elle doit être repeinte tous les 5 ans (ce qui prend 1 an à chaque fois !).
🤖 L’expo « Machine Love »
L’exposition du Mori Art Museum pose une question cruciale de 2025 : Peut-on aimer une machine ? Les artistes comme Lu Yang (Chine) ou Kim Heecheon (Corée) utilisent les moteurs de jeux vidéo (Unreal Engine) non pour divertir, mais pour créer des expériences existentielles. Ils montrent que l’IA n’est pas qu’un outil froid, mais un nouveau miroir de nos émotions. C’est l’art de l’ère post-humaine.
