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Jour 8 : Des Singes d’Hirauchi aux Tours d’Osaka

Date : Jeudi 8 mai 2025 | Lieu : De Yakushima à Osaka

01. Le Bain au Rythme des Marées

Le Japon a le don de créer des lieux où la nature et l’homme fusionnent. Ce matin, nous visons le Hirauchi Kaichu Onsen. C’est un lieu rare : une source chaude qui jaillit directement dans la mer. Les bassins, creusés dans la roche volcanique sur l’estran, ne sont accessibles qu’à marée basse, environ deux heures avant et après l’étale. À 8h58, la marée est avec nous. L’endroit est marqué par un petit Torii. Il faut payer une modeste contribution (200 ¥) dans une boîte. C’est un bain mixte. L’ambiance est intimidante mais bienveillante. Quelques locaux sont déjà là. Les codes de pudeur s’appliquent (on se cache avec sa serviette jusqu’à l’eau), mais une fois immergé, face à l’horizon du Pacifique, le sentiment de liberté est total. L’eau chaude salée et le bruit des vagues créent un cocktail sensoriel unique.

02. La Route Sauvage de l’Ouest : Le Safari Japonais

Nous reprenons la route 78 pour faire le tour de l’île par l’ouest. C’est la Seibu Rindo (Route forestière de l’Ouest), classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Ici, la route se rétrécit et la forêt primaire descend jusqu’à la mer. C’est le royaume des animaux. On nous avait promis des rencontres, nous avons droit à un véritable safari. Des dizaines de Yakuzaru (macaques) et de Yakushika (cerfs Sika) occupent le bitume. Ils ne fuient pas. Les cerfs nous regardent passer avec une indifférence royale, les singes jouent sur les barrières de sécurité. Nous roulons au pas, ébahis. C’est une arche de Noé à ciel ouvert.

Sur le chemin, nous marquons l’arrêt à la cascade Oko-no-Taki. Avec ses 88 mètres de haut, c’est l’une des 100 plus belles chutes du Japon. Un local, sorte de gardien bénévole des lieux, nous propose gentiment de nous prendre en photo. Pas d’argent demandé, juste le plaisir du partage.

03. Plage Déserte et Déjeuner de Poisson

11h00. Nous atteignons la plage de Nagata Inakahama. C’est le plus grand site de ponte des tortues caouannes (Caretta caretta) de l’hémisphère Nord. De mai à juillet, elles viennent nuitamment déposer leurs œufs. En plein jour, pas de tortues, mais une plage de sable blanc grossier (granitique) absolument déserte. Le contraste est saisissant : un site paradisiaque, digne des tropiques, totalement ignoré des baigneurs japonais.

Midi. Dernier repas sur l’île. Je choisis un steak haché de poisson volant (Tobiuo) recomposé, une version moderne et design du plat traditionnel. Diane opte pour des pâtes Vongole, une petite entorse à la cuisine locale. Nous terminons par une douceur dans une boutique de thé recommandée la veille. Je fais le plein de thé vert de Yakushima. Moins célèbre que celui d’Uji ou de Shizuoka, il a un caractère plus rustique, iodé par les embruns. Le Yakushima Sencha a une robe vert profond et un goût franc qui me rappellera l’île une fois rentré.

04. Le Vol vers la Mégalopole

14h50. Décollage. Le petit avion à hélices de Japan Air Commuter nous arrache à la forêt. La météo est clémente, offrant une vue dégagée sur la traversée. Nous survolons la mer intérieure de Seto, puis l’approche sur Osaka révèle la densité folle du Kansai. L’urbanisme japonais vu du ciel est un choc : la plaine est saturée de béton, d’usines et de rails, s’arrêtant net au pied des montagnes vertes et inhabitées.

Le Pays du Rail : Le Japon possède l’un des réseaux ferroviaires les plus denses au monde (plus de 27 000 km). C’est le sang qui irrigue l’archipel. Pourquoi ? Historiquement, le relief montagneux a concentré la population sur les plaines côtières, rendant le train (capable de transporter des masses énormes sur peu d’espace) bien plus efficace que la voiture individuelle.

05. Osaka : Le Choc Urbain

16h15. Atterrissage à Osaka-Itami. Nous sommes propulsés dans une autre dimension. Fini le silence des cèdres, place au bourdonnement de la troisième plus grande ville du Japon (2,7 millions d’habitants intra-muros). Nous posons nos valises à l’hôtel, près de la gare d’Osaka/Umeda. Chambre 1001. Ce sera notre camp de base stratégique pour rayonner dans le Kansai.

Le soir, nous grimpons au sommet du Umeda Sky Building. Ce bâtiment futuriste de 173 mètres, avec ses deux tours reliées par un « jardin flottant » au sommet, offre une vue panoramique à 360°. Le changement est brutal : nous ne sommes plus les seuls « Gaijin » (étrangers). Ici, les touristes affluent pour les selfies. Nous redevenons anonymes dans la foule internationale.

06. Okonomiyaki et Arcades

Osaka a une devise : Kuidaore (« Manger jusqu’à s’en ruiner »). C’est la cuisine de la nation. Épuisés mais affamés, nous partons en quête de la spécialité locale : l’Okonomiyaki. C’est une sorte de galette épaisse à base de chou, d’œuf, de farine et de dashi, agrémentée de porc, de crevettes ou de fromage, cuite sur une plaque chauffante (Teppan) devant vous. Nous trouvons un restaurant dans une Shotengai (rue commerçante couverte).

Les Arcades (Shotengai) : Ces rues couvertes sont typiques du Japon. Elles protègent des pluies fréquentes et du soleil d’été, créant un espace de vie communautaire, bruyant et vivant, où l’on trouve tout, du Pachinko au restaurant de luxe.

L’Okonomiyaki arrive, grésillant, recouvert de sauce brune sucrée-salée, de mayonnaise et de copeaux de bonite séchée qui dansent sous la chaleur. C’est gras, c’est bon, c’est réconfortant.

21h34. Retour à la chambre. Le bruit des trains berce la ville qui ne dort jamais vraiment. Demain, nous changeons encore de rythme. Réveil avant l’aube, valises au consigne (Coin Locker), et départ pour le Kumano Kodo, les sentiers de pèlerinage sacrés de la péninsule de Kii. L’aventure spirituelle commence.


🌊 Hirauchi Kaichu Onsen

  • Le concept : Se baigner dans la mer, mais dans de l’eau douce volcanique chaude (40-42°C).
  • L’horaire : Vérifiez impérativement les horaires des marées. Le bain est accessible environ 2h avant et après la marée basse.
  • L’étiquette : C’est un bain mixte et sans maillot de bain (serviette autorisée pour se déplacer, mais pas dans l’eau normalement, bien que tolérée pour les femmes pudiques). C’est un test de confiance en soi ! Ne pas oublier les 200¥ dans la boîte à l’entrée, c’est un système basé sur l’honneur.

🐢 Nagata Inakahama

Pourquoi cette plage est-elle si importante ? Les tortues caouannes reviennent pondre sur la plage où elles sont nées il y a 30 ans. Yakushima, avec son sable granitique (gros grains qui laissent passer l’air pour les œufs) et ses eaux chaudes (courant Kuroshio), est l’incubateur idéal.

  • Règle d’or : Si vous venez la nuit en saison (mai-juillet), ne jamais utiliser de lampe torche blanche ou de flash. Cela effraie les tortues et désoriente les bébés. Utilisez une lumière rouge et restez silencieux.

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