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Jour 7 : À la recherche des cèdres millénaires

Date : Mercredi 7 mai 2025 | Lieu : Yakushima (Du Sud à Miyanoura)

01. La Déroute du Matin : Le Bus qui n’existait pas

Réveil à l’aube. L’objectif est mythique : le Jomon Sugi. C’est le patriarche des cèdres, vieux de 2 000 à 7 000 ans, accessible après une épopée de 10 heures de marche sur une ancienne voie ferrée (la ligne Arakawa). 7h00. Nous arrivons confiants avec notre petite voiture au point de départ du sentier (Arakawa Trailhead). Et là, c’est la douche froide. L’accès est barré. Le Japon ne s’improvise pas. Pour protéger le site, les voitures privées sont interdites. Il faut impérativement se garer au Yakusugi Museum en contrebas et prendre une navette dédiée. Sans billet de navette (qu’il fallait acheter la veille), c’est « No Entry ». Nous sommes le 7 mai, notre avion décolle demain après-midi. Le calcul est vite fait : 10 heures de marche plus la logistique du bus raté = mission impossible. Je suis dépité. Le Jomon Sugi restera un mystère.

La Double Peine Comme si cela ne suffisait pas, nous sommes à sec. Plus de Yens. Et sur une île perdue au milieu du Pacifique, les distributeurs automatiques (ATM) acceptant les cartes internationales ne courent pas les rues (souvent, seuls ceux de la Poste ou des 7-Eleven fonctionnent). Sans cash, pas de petit-déjeuner. C’est l’aventure du ventre vide.

02. Le Plan B : Yakusugi Land

Perdu pour perdu, nous improvisons. Puisque le Jomon Sugi nous refuse audience, nous irons voir ses cousins à Yakusugi Land. Nous contournons l’île. La route est magnifique, mais longue. Nous arrivons si tôt que les guichets du parc sont encore fermés. Mais ici, pas de barrières : la forêt est ouverte. Nous entrons « à crédit », nous paierons sagement notre droit d’entrée (500-600 ¥) au retour dans la boîte de dons.

Moins fréquenté que Shiratani Unsuikyo, le parc offre une immersion totale dans la forêt primaire. Nous suivons d’abord les passerelles en bois aménagées, admirant des cèdres millénaires aux noms poétiques.

La Forêt Primaire : Contrairement à une forêt exploitée, ici, la nature dicte sa loi. Les arbres morts s’effondrent et nourrissent le sol. De nouveaux arbres poussent sur les troncs des anciens (phénomène de régénération sur bois mort). C’est un chaos végétal d’une beauté stupéfiante, un cycle de vie visible à l’œil nu.

03. L’Ascension du Mont Tachudake

L’appétit de marche nous pousse plus loin, vers le sentier du Mont Tachudake. C’est une « vraie » randonnée, sauvage, balisée uniquement par ces fameux petits rubans roses ou rouges accrochés aux branches.

Le Fil d’Ariane Japonais : Pourquoi des rubans et pas de peinture sur les rochers comme le GR20 ? Par respect pour la nature (ne pas souiller la pierre) et parce que la mousse recouvre tout si vite que la peinture disparaîtrait. Ces rubans sont la seule bouée de sauvetage dans cet océan vert.

Au sommet, la récompense est un monolithe de granit vertical, le Tenchu-seki (« Pilier du Ciel »), haut de 40 mètres. On dirait qu’il a été posé là par une main extraterrestre. L’ascension finale se fait à la corde. Un randonneur japonais, élégant avec ses gants blancs et son équipement de golfeur (le chic absolu en montagne), nous aide à grimper. De là-haut, la vue à 360° sur la canopée de l’île est époustouflante. L’échec du matin est oublié. Bilan Sportif : 9,4 km, près de 5h30 d’effort. Une journée intense.

04. Retour à la Civilisation : Thé Glacé et Pagaie

13h30. Retour au parking. Nous sommes affamés et nous nous rabattons sur les fidèles Konbini pour un déjeuner tardif. Pour nous remettre, nous faisons halte dans une boutique de thé charmante. On y déguste un thé vert glacé (pas un Matcha, mais un Sencha infusé à froid, plus doux) avec un petit cookie local. L’accueil est adorable. La propriétaire vend aussi ses propres photos et de l’artisanat en cèdre de Yakushima (Yakusugi).

Le Bois Précieux : Couper des cèdres vivants est interdit depuis 2001. L’artisanat local (baguettes, objets d’art) est fabriqué uniquement à partir de souches anciennes ou d’arbres tombés naturellement. C’est un bois sacré, très odorant et imputrescible.

Nous repérons aussi des locations de paddle sur la rivière Anbo. Cela nous tente pour demain matin… si la météo capricieuse le permet.

05. Le Festin des 26 Sashimis

18h00. Direction Miyanoura pour le dîner. Nous avons repéré un Izakaya (bistrot japonais) réputé : Wakadai Sho (若大将). L’entrée est théâtrale. À peine le pied posé à l’intérieur, le staff crie « Irasshaimase ! » (Bienvenue !) et les clients semblent presque nous applaudir. Nous sommes les stars de la soirée. Nous commandons un plateau de sashimis. Et là, le choc. 26 morceaux. Thon rouge profond (Maguro), Bonite (Katsuo), Calamar… Les tranches sont épaisses, presque des steaks de poisson cru. En bouche, c’est une explosion de fraîcheur, mais aussi une épreuve de texture pour un palais occidental non initié. C’est riche, dense, puissant. Avec une bière pression glacée (Nama Biru), c’est l’expérience japonaise ultime : bruyante, joyeuse et crue.

06. La Mélodie de 17h et le Fantôme de la Caméra

De retour au Minshuku, nous entendons cette musique étrange qui résonne dans toute la ville via des haut-parleurs.

Le Go-ji no Chime : Chaque jour à 17h (ou 18h l’été), une mélodie est diffusée dans tout le Japon. Officiellement, c’est pour tester le système d’alerte catastrophe. Officieusement, c’est le signal pour les enfants de rentrer à la maison (« Rentrons ensemble »).

Nous nous préparons pour la nuit sur nos tatamis. La salle de bain commune (style Onsen) est vide, nous offrant un luxe privatif inattendu. C’est probablement ici, dans cette chambre simple, que j’oublierai ma caméra DJI Osmo Pocket 3 demain matin. Je ne m’en rendrai compte qu’une semaine plus tard à Osaka. Elle doit toujours y être, posée quelque part, gardée précieusement par ce couple âgé qui ne parle pas un mot d’anglais et que je n’arriverai jamais à recontacter. Un petit morceau de mémoire laissé en offrande à l’île.

Demain, jour 8 : dernière matinée sur l’île, peut-être un coup de pagaie, et le retour vers la grande île de Honshu.


🚌 La dure loi du Jomon Sugi

Le Jomon Sugi se mérite et ne tolère pas l’improvisation.

  • Accès : Interdit aux voitures privées.
  • Bus Navette : Départ du Yakusugi Museum. Billets à acheter la veille ou l’avant-veille à l’office de tourisme ou dans certains hôtels. Pas de vente à bord !
  • Départ : Les premiers bus partent vers 4h30 – 5h00 du matin.
  • Durée : 9 à 11 heures de marche aller-retour. C’est une épreuve d’endurance, pas une promenade de santé.

🗣️ Briser la glace avec la technologie

Le Japon est un pays de l’accueil implicite (Omotenashi). Les gens veulent aider, mais la barrière de la langue et la peur de faire une faute en anglais les paralysent.

  • L’outil magique : Google Translate ou DeepL en mode conversation.
  • L’effet : Sortir son téléphone pour traduire une question ne brise pas le charme, au contraire. C’est vu comme un effort respectueux. Souvent, cela délie les langues et transforme un échange poli en vraie conversation. N’hésitez pas à l’utiliser pour demander ce qu’il y a dans votre assiette ou pour remercier chaleureusement vos hôtes !

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