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Jour 5 : À Bicyclette sur le Dos du Monstre

Date : Lundi 5 mai 2025 | Lieu : Sakurajima, Kagoshima

01. L’Art de l’Attente et la Traversée Métronomique

8h00. L’appétit vient en attendant. Le Japon a élevé la file d’attente au rang d’art national. Ce matin, le petit restaurant que nous avions repéré est pris d’assaut. Après une demi-heure de patience vaine, le pragmatisme l’emporte : nous nous rabattons sur un plan B plus simple. La leçon est claire : ici, la qualité se mérite, et les lève-tôt (très tôt) sont récompensés.

10h00. Nous embarquons sur le ferry pour Sakurajima. La traversée ne dure que 15 minutes, mais la logistique est une symphonie de précision. Les voitures s’engouffrent sur les ponts avec une fluidité déconcertante, et le bal des navettes (qui opèrent 24h/24) est réglé comme du papier à musique. Le volcan se dresse devant nous, crachant sa fumée dans un ciel bleu azur. Le soleil est au rendez-vous pour ce 5 mai, jour férié important.

Le saviez-vous ? Le 5 Mai : Kodomo no Hi Aujourd’hui, c’est le « Jour des Enfants » (anciennement fête des garçons). C’est le dernier jour de la Golden Week. Partout au Japon, on hisse des Koinobori (banderoles en forme de carpe) qui flottent au vent, symbolisant la force et le courage de remonter le courant. La veille, le 4 mai, était le « Midori no Hi » (Jour de la Nature).

02. Le Tour de l’Île : 36km de Cendre et de Soleil

À l’arrivée, le port de Sakurajima est étrangement calme. La foule s’est évaporée dans des voitures ou des bus touristiques. Nous choisissons l’option slow travel : le vélo. Nous louons des montures juste en face du débarcadère. L’idée est de faire le tour complet de l’île.

  • Le parcours : Environ 36 km.
  • Le piège : On imagine une route côtière plate. Erreur. Le dénivelé cumulé est d’environ 400 mètres, avec quelques montées qui chauffent les cuisses.
  • Le sens : Nous partons vers le sud (sens inverse des aiguilles d’une montre), ce qui s’avérera être un excellent choix pour la lumière et la progression des paysages.

Dès les premiers coups de pédale, le décor est planté : des pêcheurs retraités alignés sur les digues, une mer d’huile, et partout, des blocs de béton tétrapodes brisant les vagues pour prévenir les tsunamis. Et régulièrement, ces petits abris en béton armé le long de la route : les « shelters », refuges en cas de chute de pierres volcaniques. J’en photographie un (le n°23), rappelant que le danger tombe du ciel.

03. Halte Zen et Géologie Explosive

Notre premier arrêt est un petit Onsen local, loin des circuits touristiques. L’antithèse du complexe luxueux de la veille. Ici, c’est rustique, fréquenté par les habitués du coin. Le bain extérieur (Rotenburo) offre une vue simple sur la nature brute. C’est sobre, authentique et terriblement relaxant avant l’effort.

Vers midi, nous atteignons le point de vue sur le Showa Crater. C’est ici que la lave a coulé le plus récemment. Sakurajima est un volcan explosif (de type andésitique), célèbre pour ses éruptions stromboliennes fréquentes. Contrairement aux volcans effusifs d’Hawaï (lave fluide), ici la lave est visqueuse et les explosions projettent des cendres et des « bombes » volcaniques.

Le sanctuaire enseveli À 13h00, l’histoire nous rattrape au sanctuaire Kurokami. Ou ce qu’il en reste. Seul le sommet du Torii (portique sacré) dépasse du sol. Lors de la grande éruption du 12 janvier 1914, le village a été enseveli sous 3 mètres de cendres et de pierre ponce en une seule journée. C’est cette même éruption qui a changé la géographie : la coulée de lave a été si massive qu’elle a comblé le détroit à l’est, reliant l’île de Sakurajima à la péninsule d’Osumi. Depuis 1914, Sakurajima n’est techniquement plus une île, mais une presqu’île accessible en voiture par l’est (même si le ferry reste le moyen le plus rapide depuis Kagoshima).

04. Rock’n’Roll et Sabo Dams

La route nous mène vers des paysages lunaires. Nous croisons d’immenses canaux bétonnés dévalant la montagne : les barrages Sabo. Ces ouvrages ne servent pas à gérer l’eau, mais à canaliser les Lahars (coulées de boue volcanique). Quand il pleut sur la cendre, le mélange devient une avalanche de béton liquide dévastatrice. Le Japon a donc sculpté la montagne pour guider ces flux loin des habitations.

Surprise au détour d’un virage : une statue monumentale en roche volcanique représentant un homme hurlant dans un micro. C’est le « Tsuyoshi Nagabuchi Monument ». En 2004, cette rock star japonaise a donné ici un concert légendaire devant 75 000 personnes, faisant trembler le sol autant que le volcan. Le site, désert aujourd’hui, garde une aura électrique.

05. Le Belvédère et le Retour

Vers 16h30, nous bouclons la boucle. Avant de reprendre le bateau, nous prenons un bus pour monter au Yunohira Observatory, le point le plus haut accessible au public (interdiction formelle d’aller au-delà). Le temps se gâte, une pluie fine commence à tomber, rendant le cratère sombre et menaçant. Depuis ce belvédère, on réalise la proximité effrayante avec Kagoshima, juste en face. Des caméras thermiques et des sismographes scrutent le monstre 24h/24. Le « Sakurajima Volcano Research Center » est l’un des plus pointus au monde. Ici, l’évacuation n’est pas une théorie, c’est un plan rodé.

Dîner précoce De retour en ville, nous adoptons le rythme local : dîner à 17h30. Au menu : Ramen et Gyozas, le duo réconfortant par excellence. Demain, nous quittons la terre ferme. Direction Yakushima (l’île de « Yaku »), dont le nom signifie littéralement « l’île aux cèdres » (ou aux herbes médicinales selon les interprétations), un sanctuaire de forêt primaire classé à l’UNESCO. Kagoshima (« l’île aux faons ») nous aura offert le feu ; Yakushima nous promet l’eau et le bois millénaire.


🌋 1914, L’année où l’île est devenue presqu’île

L’éruption du 12 janvier 1914 est le traumatisme fondateur du Sakurajima moderne.

  • Les signes : Des séismes ont secoué l’île la veille, poussant la plupart des habitants à fuir par instinct, malgré les autorités qui conseillaient de rester.
  • La fureur : La colonne de fumée est montée à 8000 mètres. La lave a coulé pendant des mois.
  • La connexion : Environ 3 milliards de tonnes de lave ont été éjectées, comblant le détroit de Seto (400m de large, 70m de profondeur) et reliant physiquement le volcan au continent. Aujourd’hui, on peut rouler sur cette lave refroidie.

🚲 Le tour de Sakurajima à vélo

  • Distance : ~36 km
  • Temps : Prévoir 4h à 5h avec les arrêts photos et pique-nique.
  • Niveau : Intermédiaire. Ce n’est pas plat ! Les vélos électriques sont fortement recommandés si vous voulez profiter sans souffrir.
  • Sens : Le sens anti-horaire (vers le sud en sortant du port) permet de finir par les zones les plus aménagées et offre souvent de meilleures lumières sur le volcan.
  • Équipement : Lunettes de soleil obligatoires (pour le soleil, mais surtout pour la poussière/cendre dans les yeux).

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