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Jour 4 : Le Chant de la Terre et la Cité des Cendres

Date : Dimanche 4 mai 2025 | Lieu : Du Plateau d’Ebino à Kagoshima

01. La Route des Volcans : En direction d’Ebino

7h35. Nous quittons notre refuge pour traverser l’île d’est en ouest. La route japonaise est une expérience en soi. Même sur les portions « rapides », souvent à voie unique, le calme règne. Personne ne klaxonne, personne ne colle. Nous roulons à travers une végétation luxuriante, ponctuée régulièrement par ces fameuses structures de béton en nid d’abeille qui retiennent la montagne.

Vers 10h45, nous atteignons le Plateau d’Ebino, au cœur du Parc National de Kirishima-Kinkowan. C’est ici que la géologie de Kyushu se révèle dans toute sa puissance.

Le Chaudron de Kyushu : L’île de Kyushu est le véritable moteur thermique du Japon. Elle abrite certains des volcans les plus actifs de l’archipel, dont le Mont Aso, le Sakurajima (notre destination finale) et le Mont Unzen (tristement célèbre pour avoir emporté les vulcanologues français Katia et Maurice Krafft en 1991). Ici, la terre vit, respire et fume.

02. Randonnée Sociale sur le Shiratori-yama

Le plateau d’Ebino est parsemé de lacs de cratère aux couleurs changeantes : le Fudo-ike, le Rokkannon-miike et le Onami-no-ike. Nous visons le Mont Shiratori-yama, car le Mont Karakuni (le plus haut) est partiellement inaccessible ou trop fréquenté.

En ce dimanche de Golden Week, nous ne sommes pas seuls. Des centaines de familles japonaises arpentent les sentiers. Une ambiance de convivialité inattendue s’installe : ici, le code social impose de saluer chaque personne croisée. Les « Konnichiwa » (bonjour) fusent toutes les trente secondes. Les Japonais sont équipés comme pour une expédition himalayenne, même pour une simple balade. Nous sommes les seuls Occidentaux, doublant gentiment la file ininterrompue de marcheurs.

Le Pique-nique Konbini À midi, nous faisons comme tout le monde : pause déjeuner au sommet. Notre repas provient, une fois de plus, de la supérette locale. C’est la grande leçon culinaire de ce voyage : les Konbinis offrent des plats sains et frais (Udon froids, Onigiri, salades) parfaits pour un déjeuner nomade. Face à nous, au loin, se dessine la silhouette menaçante du Sakurajima et la ville de Kagoshima. Le panorama est grandiose, rappelant les volcans d’Auvergne, mais une Auvergne sous stéroïdes, fumante et potentiellement explosive.

03. Kirishima Hotel : Le Parc d’Attraction Thermal

L’après-midi, nous descendons vers un lieu mythique : le Kirishima Hotel. L’arrivée est spectaculaire. La route est bordée de fumerolles ; la vapeur sort littéralement des égouts et des fossés. On se croirait dans un décor de cinéma. L’hôtel abrite un Sennin-buro (bain pour 1000 personnes).

C’est un hybride entre le sanctuaire traditionnel et le parc aquatique :

  • Un espace intérieur gigantesque, haut de plafond comme une cathédrale.
  • Une multitude de bassins aux températures et compositions minérales différentes.
  • Une zone mixte immense (où l’on garde sa serviette ou un vêtement spécifique), entourée de zones genrées. C’est luxueux, démesuré, et cela nous rappelle à quel point l’eau volcanique est au cœur de l’art de vivre ici.

04. Arrivée à Kagoshima : La Naples de l’Orient

16h00. Nous rendons notre fidèle petite voiture verte. Fin de la liberté routière, retour à la vie urbaine. Pour rejoindre notre hôtel, nous prenons un taxi. Le véhicule est une berline Toyota carrée des années 80, impeccable, avec ses napperons en dentelle sur les sièges. Le chauffeur est un homme âgé, digne et serviable.

Le Japon vieillissant : Voir des septuagénaires (voire octogénaires) travailler comme chauffeurs de taxi ou agents de sécurité est courant. Dans un pays à la démographie déclinante et réfractaire à l’immigration massive, les seniors restent actifs très longtemps. C’est une force de travail respectée et omniprésente.

Nous posons nos valises dans un hôtel chic (probablement le Solaria ou le Daiwa Roynet), au 11ème étage. Coût de la chambre : 28 800 Yens (soit environ 175 € au taux de mai 2025). Une somme, mais pour une vue imprenable sur la ville et le volcan.

05. La Nuit à Kagoshima : Ramen, Jeu et Ours Polaire

Kagoshima est surnommée la « Naples de l’Orient » pour sa baie, son climat doux et son volcan voisin (le Sakurajima, son Vésuve personnel). Nous partons en chasse d’un iPhone (la rumeur dit qu’ils sont moins chers ici). Après un tour au centre commercial, la déception est là : le gain est minime et l’absence de garantie internationale nous dissuade.

Le mirage du Pachinko Sur le chemin, nous sommes assaillis par le vacarme des Pachinkos. De l’extérieur, cela ressemble à un casino flashy. À l’intérieur, c’est un enfer sonore de billes d’acier qui s’entrechoquent. Des centaines d’hommes et de femmes sont assis, seuls face à leur machine, hypnotisés. C’est un jeu solitaire, presque triste, sans l’aspect glamour de Las Vegas.

SNOUP et Shirokuma Pour le dîner, nous découvrons SNOUP (situé près du magasin Don Quijote). Leur spécialité ? Un Ramen à la tomate, riche et pimenté. Une fusion moderne et délicieuse.

Pour le dessert, impossible de passer à côté de l’icône locale : le Shirokuma (L’Ours Polaire). C’est une montagne de glace pilée (kakigori) arrosée de lait concentré et décorée de fruits et de haricots rouges pour former (avec beaucoup d’imagination) la tête d’un ours blanc. C’est kitsch, c’est sucré, c’est Kagoshima.

L’envers du décor : Le quartier Tenmonkan En rentrant, l’ambiance change. Nous croisons des jeunes femmes en tenues de soirée, parfois avec des boas, qui saluent les passants depuis l’entrée des bars. Des hommes en costume (les rabatteurs) haranguent les clients. Ce n’est pas exactement de la prostitution, mais le monde du Mizu Shobai (commerce de l’eau) : bars à hôtesses, Kyabakura, où l’on paie pour boire et discuter avec des femmes. C’est une facette de la solitude urbaine japonaise, à la fois visible et codifiée, qui contraste avec l’image lisse du jour.

De retour au 11ème étage, nous consultons nerveusement l’application météo. Le Sakurajima est capricieux, et demain, nous espérons pouvoir l’approcher.


🌋 Vivre sous la cendre

Kagoshima (600 000 habitants) vit une relation toxique mais passionnelle avec le Sakurajima, situé à seulement 4 km en face du port.

  • Le volcan fumeur : C’est l’un des volcans les plus actifs au monde. Il crache quasi quotidiennement.
  • La vie grise : Ici, la météo n’annonce pas seulement la pluie, mais le sens du vent pour les cendres. Les habitants ont des sacs jaunes spéciaux pour ramasser les cendres volcaniques devant chez eux (comme on ramasse les feuilles mortes). Les écoliers portent des casques jaunes pour aller à l’école.
  • L’application vitale : Tout voyageur ici doit télécharger « Safety Tips » ou une app similaire. Elle géolocalise et alerte en temps réel (séisme, éruption, tsunami). C’est rassurant… et un peu angoissant.

🎰 Pachinko, le jeu qui n’existe pas

Le jeu d’argent est techniquement interdit au Japon. Pourtant, le Pachinko est une industrie colossale (plus grosse que les casinos de Las Vegas). L’astuce juridique ?

  1. Vous achetez des billes.
  2. Vous jouez (c’est un mélange de flipper vertical et de machine à sous).
  3. Si vous gagnez, vous recevez plus de billes.
  4. Vous échangez ces billes dans le magasin contre des « cadeaux » (souvent des plaques d’or ou des objets sans intérêt).
  5. Vous sortez du magasin, faites dix mètres, et revendez ces « cadeaux » contre du liquide à un guichet « indépendant » situé dans une ruelle adjacente (TUC shop). L’hypocrisie est totale, mais le système permet de contourner la loi depuis des décennies.

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